ECOLOGISTES: LE MANIFESTE

La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne parvient pas à naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés.

Antonio Gramsci

30 ans après la création des Verts, la  situation de l’écologie politique est paradoxale.

On voit dans le pays essaimer une profusion d’innovations sociales et sociétales qui préfigurent la société écologisée de demain.

Pour un nombre croissant de nos concitoyens l’écologie est aujourd’hui bien plus qu’un projet politique. C’est devenu  un projet de vie tout court. Il en est ainsi  des naturalistes qui éveillent les esprits aux richesses inestimables de la biodiversité pour mieux la préserver, des chefs d’entreprises et des salariés qui entreprennent sur le mode écologique, solidaire, coopératif, des paysans qui font vivre la bio, la permaculture,  l’agriculture de conservation, des acteurs privés et publics qui adhérent aux promesses de la sobriété et de la transition énergétique, qui passent aux actes et investissent dans les industries des énergies renouvelables et de l’économie circulaire…

La culture écologiste se diffuse, le nouveau émerge sous nos yeux.

Mais l’écologie politique qui a su des années durant porter l’espoir de visions nouvelles, paraît à bout de souffle. Elle semble au final  peu à peu se glisser dans les habits de la Vème République finissante alors que ses dirigeants paraissent prêts à se rallier quand il faut plus que jamais innover.

Nous avons compris et soutenu le choix de ne pas participer au gouvernement Valls au vu du peu de considération alors manifestement accordée aux enjeux écologiques par le Président de la République et par son Premier Ministre.

Mais nous ne partageons pour autant pas le penchant actuel d’une partie de la direction d’EELV qui préconise un changement de pied et la construction d’un cadre privilégié d’alliance avec le Front de gauche.

Non par sectarisme : les écologistes ne doivent négliger aucune opportunité d’agir avec toutes les formations à chaque fois que cela permet de faire avancer l’écologie. Mais parce que  nous avons l’intuition et la conviction que le neuf  ne procèdera pas de négociations et d’accords entre des formations politiques qui ont toutes échoué, qui sont toutes en perte de vitesse et ne sont pour la plupart pas disposées aux examens critiques tellement nécessaires.

Une alliance avec des forces politiques qui persévèreraient, c’est encore le cas en Haute-Normandie, à regarder dans le rétroviseur (nucléaire, énergies fossiles, réduction de l’axe Seine à ses fonctions économiques et logistiques … ), risquerait de surcroît d’être incomprise : il ne fait aucun doute que  les citoyens qui ont déjà un pied dans le monde de demain et ne font plus automatiquement  le lien entre leurs engagements citoyens ou professionnels et la sphère politique seraient confortés dans cette séparation.

La politique demeure un levier d’action utile pour tous les écologistes.

Parce que les autres partis risqueraient fort de revenir à leurs vielles lunes productivistes ou autoritaires si l’écologie disparaissait des assemblées.

Parce que l’exercice de la responsabilité est salutaire en ce qu’il permet de confronter et relier la part d’utopie des partis, des candidats, et des élus,  et la volonté effective de changer et d’agir des citoyens.

Nous ne rejetons pas l’idée d’alliances électorales chaque fois que les projets et les protagonistes sont éco-compatibles.

S’allier  demain et jouer un rôle utile dans une alliance alternative à une droite sarkoïzée et à une extrême droite en dynamique qui ne fait plus peur, suppose de résister aujourd’hui  à la tentation d’unions bâclées, sans contenus. Restons fermes sur nos convictions : écologistes !

En cette année capitale pour l’avenir du climat, nous affirmons la confiance en nos idées et la nécessité de les enrichir au contact de la société civile. Il nous reste beaucoup à faire, beaucoup de travail intellectuel et pratique à accomplir pour décrire et rendre crédibles non seulement les solutions écologistes mais aussi les chemins praticables des transitions.

Nous appelons de nos vœux une écologie politique qui fasse davantage  place aux intellectuels, aux créateurs, aux entrepreneurs, et aussi aux associatifs de la protection de la nature et de l’environnement qui sont nombreux à s’en être éloignés ces dernières années.

Une écologie positive, une écologie des solutions, « une écologie qui crée, qui agit, qui construit », voilà l’écologie que nous voulons promouvoir.

Une écologie qui se remettrait au travail, sortirait de l’entre soi, et jouerait tout son rôle pour contribuer au succès de Paris Climat 2015.

Une écologie ouverte au débat et à la re-fondation politique sur des bases écologiques, sans délimitation à priori des partenaires politiques, sans réduction de son espace au seul espace de la politique sous sa forme organisée d’aujourd’hui.

L’année 2015 verra le renouvellement des assemblées départementales et régionales.

Pour l’écologie, pour des raisons qui tiennent au mode de scrutin proportionnel et au bilan concret des politiques qui ont été inspirées par les élus écologistes depuis plus deux décennies, le rendez-vous des régionales, dans la nouvelle Normandie, est crucial.

Nous redoutons l’alternance annoncée, UMP et/ou FN, parce qu’elle annihilerait  les politiques écologistes et positives qui ont été bâties grâce aux participations vertes et aux contrats de majorité conclus avec les présidents  socialistes en matière d’environnement, d’énergie,  de déplacements,  de transition industrielle, d’économie verte et solidaire, d’agriculture durable.

Nous redoutons tout autant la paralysie d’une gauche au sein de laquelle le poids des conservatismes continuerait à peser plus lourd que la conscience de la nécessité d’innover.

C’est pourquoi nous préconisons de rouvrir sans tarder les chantiers de la construction opiniâtre, collective, et participative,  d’un projet et d’une alternative écologique et sociale.

Ce débat sur l’évolution, proche ou plus lointaine, de l’écologie politique, est nécessaire et ne saurait être remis à plus tard. Il est de notre responsabilité à tous, écologistes, politiques, associatifs ou citoyens de le faire vivre. Parlons-en, rencontrons nous, agissons, pour l’écologie!

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