Normandie 2015: pour la pleine autonomie de l’écologie politique, pour un rassemblement écologiste et citoyen

« L’accord qui existait au début de la crise, en 2008, avait permis la mise en place de plans de relance verts ; des alliances inédites s’étaient nouées entre syndicats et mouvements écologistes : une véritable cause commune avait émergé, qui n’a pas résisté à l’approfondissement de la crise. (…) Le défi est de reconstruire une cause commune qui permette de prendre à bras-le-corps et de tenir ensemble la question écologique et la question sociale. Car la résolution de la première est la condition de celle de la seconde. »

Dominique MEDA

A suivre, la motion d’orientation qui sera proposée au vote de la première assemblée générale Normande d’EELV le 25 avril prochain, avec la liste de ses premiers soutiens.

La persistance de la crise et son inscription profonde dans la vie quotidienne ont presque balayé cette idée que les solutions – à « la crise », et à l’enchevêtrement des crises entre elles – passaient par l’écologie. Cette situation, cruelle à l’approche de la tenue en France de la prochaine conférence climat (COP21), il nous faudra prendre le temps d’en analyser le sens et la portée.

Dans un pays fatigué et fracturé, le risque d’un effacement de l’écologie

Le risque d’effacement de l’écologie comme cause commune est bien réel. Mais l’écologie, disparue des radars médiatiques conventionnels, continue malgré tout de travailler en profondeur la société française : elle est dans les initiatives de « défricheurs », celles et ceux qui inventent, pas à pas, les transitions vers une autre économie, un autre développement., d’autres manières de vivre. Elle a progressé aussi dans les politiques des collectivités. C’est le cas en Normandie, où l’inflexion des politiques engagées est notable, le travail et l’influence des élu-e-s écologistes repérable – travail en profondeur, qui joue tant sur les leviers techniques que sur les esprits.

Au plan national, notre pari d’une alliance rose-verte pour réformer notre pays a pour l’heure échoué. Mais cet échec ne doit pas masquer les réussites existantes : s’agissant des régions, il faut rappeler là des bilans solides et reconnus, auxquels les écologistes ont pris toute leur part – même si ces bilans locaux ne suffisent pas à résister à un puissant mouvement national d’alternance.

L’épuisement et le discrédit des formes politiques traditionnelles sont d’une ampleur inédite, les distances de plus en plus grandes entre les citoyen-ne-s et leurs représentant-e-s, et les séparations qui travaillent la société française semblent ôter peu à peu tout crédit à l’action publique. Notre pays est en grande difficulté, aussi éprouvé économiquement que psychologiquement, et semble prêt, hélas, aux pires aventures. C’est dans ce contexte complexe et incertain, menaçant même, qu’il nous revient d’agir et de peser, de penser notre stratégie, notre projet et la manière de les rendre audibles lors des élections régionales de décembre prochain. En inscrivant, aussi, nos réflexions dans le territoire normand et ses particularités. Penser global, agir local.

La Normandie, des transitions engagées, à confirmer

Les débats autour de l’unification normande ont révélé des différences entre nos deux régions actuelles, et des inquiétudes qu’il faudra entendre. Ces mois d’échanges ont aussi montré ce qui leur est commun. En négatif : l’empreinte des vieilles industries énergétiques, pétrole et nucléaire ; la persistance d’un imaginaire des Trente Glorieuses ; la préférence pour le développement routier et l’étalement urbain… Aussi, et comme dans tout le pays, des difficultés grandissantes d’accès à l’emploi, au logement, aux services. Des difficultés de mobilités. Des situations de précarité insoutenable. Et la tentation, là comme ailleurs, de s’en remettre au Front national, probablement moins pour ce qu’il propose que pour ce qu’il paraît n’être plus que le seul à dénoncer. Et cet échec là, en Normandie comme ailleurs, est aussi le nôtre.

Reste le positif, et la richesse trop peu soupçonnée de nos ressources : des capacités d’innovation, un tissu solide de petites et moyennes entreprises, de réelles traditions, nées dans les bassins industriels, de luttes collectives, des réseaux d’acteurs de la solidarité, de la diffusion culturelle ou de la transition écologique, par en bas, « sur le terrain »… Si l’emprise productiviste – et la désespérance qu’elle provoque – demeurent solides, les moyens pour s’en défaire sont là aussi.

Depuis 1998 en Haute-Normandie, 2004 en Basse-Normandie, les écologistes sont membres des majorités régionales et ont permis de démontrer « à taille réelle » que les solutions écologistes sont utiles et opérationnelles, et qu’elles peuvent recueillir l’adhésion des habitant-e-s. En plus de dix ans de présence dans les exécutifs régionaux, nous avons gagné davantage de batailles que nous n’en avons perdues. Nous avons fait bouger les lignes, et les politiques publiques portent l’empreinte de la présence et de l’action des écologistes, même si nous sommes conscients qu’il reste des domaines essentiels où nous n’avons pu assez peser (biodiversité, notamment).

Cette empreinte, nous voulons la confirmer et la renforcer après les élections régionales de décembre prochain. La stratégie gagnante, pour ces élections, sera celle qui permettra de continuer et d’amplifier le travail entamé. Nous savons les risques, les tentations du retour au comme avant. La droite et le Front national porteront cette volonté de revanche, et entendent bien la mettre en œuvre. Mais la tentation de camper sur le vieux monde existe aussi à gauche. Les uns veulent sauvegarder le nucléaire, les autres exècrent la décentralisation, et tous se retrouvent pour célébrer les zones commerciales, la route et la bagnole.

C’est parce que l’écologie est irréductible à ces traditions politiques, qui lui sont antérieures, parce qu’elle est même un exercice permanent de résistance à celles-ci, à la force des choses et aux habitudes dont elles se réclament, qu’il est impératif que les écologistes portent l’entier projet de l’écologie politique.


Être nous-mêmes…

Nous ne voulons pas nous tromper d’élection. Il ne s’agira, en décembre prochain, ni de solder les reniements de la présidence Hollande ni de préparer le match de 2017. Il s’agira de porter les propositions écologistes comme un horizon souhaitable de transformation pour les territoires de notre région. Et ce qu’il sera de ce projet, ce qu’il sera d’écologie dans le projet défendu au second tour, puis dans les politiques mises en œuvre au cours du mandat, sera fonction – ça l’est toujours – du poids des écologistes au premier tour.

Nous sommes prêts au compromis. Mieux : nous sommes convaincus que ce n’est que par là qu’on change vraiment le réel. Mais ce compromis, nous ne le construirons pas les mains vides. Notre force, ce sera celle que nous donneront les électrices et les électeurs, sur la base d’un projet clair, cohérent et positif.

et porter une parole, un projet, un imaginaire écologistes

L’argument d’alliances de premier tour, bien sûr, doit être examiné. Nous les avons tentées dans le passé, proche ou plus lointain. Elles résultaient d’une évaluation du contexte, des forces en présence et des dynamiques politiques possibles. Il n’y a pas, par principe, des formations avec lesquelles nous pourrions nous allier et d’autres non. Ce qui nous sépare du Front de gauche n’est du reste pas plus grand que ce qui nous sépare du Parti socialiste. Pas moins non plus, nos désaccords sont simplement d’une autre nature. Alors, pourquoi non ?

Parce qu’une évaluation sérieuse du contexte politique et des dynamiques potentielles, justement, nous invite à porter une pleine autonomie de la parole et de l’action écologistes.

Parce que, justement, la crise s’est aggravée. Parce que les « solutions » conventionnelles, fabriquées de « réformes de structure » et de recherche désespérée du « retour de la croissance » ont échoué. Parce qu’il est temps que les écologistes ne perdent plus d’énergie à se positionner sur un arc politique, celui des gauches traditionnelles, qui n’est pas le leur. Parce qu’il est temps que les écologistes reparlent clairement et nettement d’écologie, de solutions écologistes, de la transformation écologique de l’économie et d’un imaginaire écologiste du changement. Parce que l’enjeu prioritaire n’est pas l’avenir d’un parti écologiste, mais celui de l’écologie politique elle-même, dont il s’agit d’être les plus efficaces porte-voix. Notre agenda, dès lors, n’est ni celui du « sauver les meubles » de la gauche socialiste, ni celui du « renversons la table » de la gauche radicale. Notre agenda, c’est celui de la transition écologique, y compris pour ce qu’elle implique de réformes sociales radicales visant à réduire des inégalités grandissantes.

On pourrait nous répondre que, déjà, une telle aventure fut tentée. Aux élections européennes de 2009, aux élections régionales de 2010 par exemple. C’est vrai. Et ça n’avait d’ailleurs pas si mal fonctionné. Quelque chose, depuis, s’est grippé, c’est évident. Il nous faudra remonter la pente, repartir de plus loin que nous n’aurions voulu. Mais était-il raisonnable d’espérer que ces succès là suffiraient, comme un D-Day électoral balayant tout, à recomposer autour de l’écologie le champ politique dans son ensemble ? C’est notre objectif, et il doit demeurer tel, tant il est la condition de transformations radicales que nous voulons hâter. Mais nous ne pourrons le soutenir qu’avec constance et ténacité, en admettant nos propres inachèvements pour pouvoir les corriger. En choisissant de ne pas renoncer à être nous-mêmes, même quand la situation paraît moins favorable.

Nous n’ignorons rien des difficultés et des contraintes devant nous. Nous savons combien les tensions et les peurs qui travaillent la société française rendent difficilement audible le message de changement radical porté par les écologistes. Mais nous savons aussi qu’il demeure dans notre pays, et dans notre région, des capacités d’imagination, de changement et d’innovation sur lesquelles nous appuyer. Car des praticiens de l’écologie concrète, il en existe par centaines dans les territoires normands. Et celles et ceux qui aimeraient pouvoir le devenir, aimeraient qu’on puisse leur en donner les moyens, qu’on puisse leur faciliter la tâche et qui n’attendent que cela, sont plus nombreux-ses encore.

Construire un rassemblement écologiste et citoyen, une fabrique d’alternatives ancrées dans le réel

Ce que nous proposons est là.

Une campagne autonome des écologistes, qui sache engager le dépassement dynamique de notre parti pour rassembler, bien au-delà, les citoyennes et les citoyens engagés dans la transformation écologique des territoires ;

Une campagne qui sache entendre l’immense appétit de « faire ensemble » qui travaille la société française ; une campagne portée par un projet émancipateur et positif, susceptible de faire entendre notre volonté de réussir les mutations en cours. Une campagne nourrie des dizaines d’expérimentations locales et globales, des compétences et de l’expérience acquises au cours de trente ans de luttes et d’actions écologistes ;

Une campagne qui montre notre capacité à faire, à transformer, à construire et à sécuriser, dans les conditions d’ici et maintenant, les transitions et les virages nécessaires ;

Une campagne bâtie sur une triple identité : lanceurs d’alertes, fabricants d’alternatives, mais aussi artisans des compromis sociaux par lesquels peut passer le changement ; une campagne qui dise à la fois l’urgence à changer nos modes de production et de consommation – et que ce changement exigera du temps et des efforts, mais qu’il est possible et désirable ;

Une campagne qui sache dire les impasses et les fautes du développement productiviste, fondé sur l’oubli des conséquences et l’imprévoyance des coûts que finissent pourtant par payer, en bout de chaîne, celles et ceux qui sont les plus vulnérables ;

Une campagne assurée de son identité écologiste, et qui n’aura pas peur de s’adresser à celles et ceux qui, parfois très éloigné-e-s de l’écologie, sont pour autant les premières victimes du productivisme : salarié-e-s de l’industrie automobile, de l’agroalimentaire ou du nucléaire, paysan-ne-s et pêcheurs-ses lessivé-e-s par la restructuration permanente, habitant-e-s des territoires ruraux enchaînés à la dépendance automobile, mal-logé-e-s en précarité énergétique… ;

Une campagne, enfin, qui rassemble les écologistes dans leur diversité, les mêlant aux acteurs de la société civile mobilisée. Une campagne qui retrouve ce que nous avons su être lorsque nous étions au meilleur de nous-mêmes, entendus et compris.

Il nous reste quelques mois pour y parvenir. Pour écrire, avec les habitant-e-s de notre région, avec les réseaux citoyens, un projet qualifié, crédible et ambitieux, nourri de nos expériences partagées des enjeux et des réponses à leur apporter. Pour ensuite porter ce projet, le défendre et l’expliquer, le confronter publiquement, aussi, aux projets de droite et de gauche. Quelques mois pour convaincre, et retisser le lien distendu entre les écologistes et celles et ceux qui, s’ils désespèrent parfois de nous, demeurent convaincus de la pertinence et de l’urgence du projet écologiste. A nous de ne pas les décevoir. A nous d’être à la hauteur. C’est possible, et c’est avec elles et eux que nous devrons travailler, en commençant maintenant.
****

Premiers signataires :

Mathias Ader, Dimitri Allain, Mathieu Amelot, Saïd Atek, Omar Ayad, Philippe Beaudouin, Gilles Bellière, Olivier Bernard, Fabrice Blaizot, Annick Bonneau, Daniel Bosquet, Romain Bothet, Edith Buffet, Julien Buot, Marie-Laure Caille, Pascale Cauchy, Gilles Chateaugiron, Samia Chehab, Eve Cognetta, Cindy Coignard, Sybille Corblet-Aznar, Anne Cren, Jean-Paul Daveau, François Dufour, Emilie Dumaine, Marie-Claude Duperrier, Philippe Edin, Vincent Eusebe, Fabienne Fendrich, Laurence Féron, Michel Flambard, Michel Frémont, Francescu Garoby, Catherine Girod-Thiébot, Jacques Glinel, Marlène Godefroy, Béatrice Gosset, Philippe Emmanuel Goussard, Agnès Grège, Richard Grège, Cécile Guevel Badou, Jacques Hébert, Marie-Brigitte Henry-Loiseau, Julien Hermilly, Charles Hervé-Gruyer, Perrine Hervé-Gruyer, Benoît Horvais, Sophie Houdart, Denis Jagu, Francis Joly, Rudy L’Orphelin, Patrick Lafon, Laurent Laidet, Olivier LainéJean Pierre Lamare, Maxime Lamarque, Frédéric Lamblin, Denis Langlois, Jean-Baptiste Langlois, Sylvie Le Gratiet-Quennehen, Stéphane Lefébure, Marine Lemasson, Gérard Levillain, Michel Lhomer, Régis Louvion, Pascal Magoarou, Dominique Mahieu, Fabienne Malandain, Frédéric Malvaud, Christophe Manchon, Ludovic Marguerite, Peggy Marguerite, Mickaël Marie, Catherine Marrey, Jean-Marie Martin, Thierry Masurier, Hervé Membrado, François-Marie Michaux, Jean Louis Michaux, Sabine Michaux, Laurent Moinet, Véronique Moinet, Cyrille Moreau, Daniel Mousset, Gérard Neuville, Michèle Neveu, Margarita Noël, Gérald Orange, Clara Osadtchy, Jeannine Ott, Céline Pain, Jocelyn Parot, Thierry Patinaux, Colombe Patry, Jean Claude Perche, Michèle Perche, Alain Plantaz, Katell Prigent, Thierry Quennehen, Olivier Reboul, Christine Regentête, Daniel Regentête, Thomas Ribes, Erwann Riou, Didier Rouchet, Josette Roussel, Mathieu Santostefano, Harmonie Seralini, Fanny Seidenbinder, François Simon, Yanic Soubien, Claude Taleb, Stéphanie Taleb-Tranchard Prisca Thellier, Jean Paul Thorez, Jean Philippe Tichadou, Laurence Tranchard, Anne-Marie Tur-Roig, Jérôme Virlouvet, Elisabeth Wolf, Anthony Yung


Signatures, soutiens : normandie.rassemblementecolo@gmail.com

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